Lu Lis le conte que Lu adore

Un conte français

La Belle au bois dormant

Un baptême où une invitée de trop a été oubliée, une malédiction adoucie par la grâce d’une fée, et un royaume qui s’endort pendant cent ans : l’un des contes les plus durables au monde, écrit pour la première fois en France.

A parent and child reading together
Une note sur cette histoire. Charles Perrault publia La Belle au bois dormant à Paris en 1697. Un peu plus d’un siècle plus tard, les frères Grimm imprimèrent leur propre version allemande, plus courte, La Belle au bois dormant (Dornröschen), qui se termine là où se termine ce récit, sur le mariage, au lieu de poursuivre la longue histoire de Perrault. Ce récit suit cette forme plus douce et plus familière.

Un roi et une reine qui souhaitaient depuis longtemps avoir un enfant eurent enfin une fille, et ils organisèrent un grand baptême pour la fêter, invitant toutes les fées du royaume à être ses marraines afin que chacune puisse offrir un don au bébé. L’une après l’autre, les fées s’avancèrent et bénirent la princesse de beauté, de grâce, d’une voix charmante pour chanter, et d’un don pour la danse, jusqu’à ce qu’une vieille fée que personne n’avait pensé à inviter fasse irruption dans la salle, furieuse d’avoir été oubliée.

La vieille fée se pencha sur le berceau et déclara que, lorsque la princesse deviendrait une jeune femme, elle se piquerait le doigt à un fuseau et en mourrait. Toute la cour retint son souffle, mais une jeune fée n’avait pas encore offert son propre don, et elle s’était cachée non loin, devinant que la vieille fée pourrait faire quelque chose de méchant. Elle ne pouvait pas défaire entièrement la malédiction, mais elle pouvait l’adoucir : la princesse se piquerait bien le doigt, mais au lieu de mourir, elle sombrerait dans un profond sommeil pendant cent ans, jusqu’à ce qu’un prince vienne la réveiller.

Le fuseau

Le roi, espérant échapper à la malédiction, ordonna de brûler tous les rouets du royaume et interdit à quiconque de filer jamais plus. Les années passèrent, et la princesse devint aussi belle et gracieuse que les fées l’avaient promis, jusqu’au jour de son seizième anniversaire, où, errant dans le château pendant que ses parents étaient absents, elle arriva à une petite pièce en haut d’une tour oubliée, où une vieille femme, qui n’avait jamais entendu parler de l’ordre du roi, filait tranquillement.

La princesse n’avait jamais vu de fuseau auparavant, et elle demanda si elle pouvait l’essayer elle-même. Au moment où elle le prit en main, elle se piqua le doigt, exactement comme la vieille fée l’avait promis, et sombra aussitôt dans un profond sommeil. La jeune fée, qui veillait toujours sur le royaume, apprit ce qui s’était passé et se hâta d’achever sa propre bonté : elle toucha de sa baguette tous ceux qui se trouvaient dans le château, et l’un après l’autre le roi, la reine, les gardes, les cuisiniers, même le feu dans l’âtre de la cuisine et le chien endormi près de la porte, s’endormirent doucement avec la princesse, afin que personne ne se réveille seul dans cent ans, et que personne ne se réveille pour la trouver disparue.

Cent ans

Autour du château poussèrent des ronces et des roses sauvages, épaisses et hautes, toujours plus chaque année, jusqu’à ce que tout le bâtiment disparaisse derrière un mur d’épines et qu’on ne puisse plus voir de l’extérieur ne serait-ce qu’une cheminée. Des princes d’autres royaumes entendirent parler de l’histoire et tentèrent de se frayer un chemin pour voir si elle était vraie, mais les ronces avaient poussé trop serrées et trop acérées, et aucun d’eux n’atteignit jamais la tour.

Cent ans passèrent exactement comme la fée l’avait promis, presque jour pour jour, et un jeune prince d’un royaume voisin chevaucha à travers la forêt et entendit une vieille histoire à propos d’un château endormi derrière un mur de roses. Quand il atteignit les ronces, elles s’écartèrent d’elles-mêmes devant lui, comme si elles avaient simplement attendu le bon moment, et se refermèrent doucement derrière lui une fois qu’il fut passé.

Le réveil

Le prince traversa des cours silencieuses, dépassant des gardes endormis et des chiens endormis, monta les escaliers de la tour oubliée, jusqu’à ce qu’il trouve la princesse exactement telle que la fée l’avait laissée cent ans plus tôt, endormie et parfaitement immobile. Il s’agenouilla près d’elle, et au moment où il prit sa main, elle ouvrit les yeux, comme si les cent ans n’avaient pas été plus longs qu’une seule nuit de repos.

Dans tout le château, le sommeil se leva au même instant : le roi et la reine se réveillèrent en pleine phrase, les cuisiniers reprirent le repas qu’ils avaient laissé inachevé, le chien près de la porte se leva et aboya, et le feu de la cuisine se remit à crépiter. La princesse et le prince se marièrent dans la semaine, et le royaume, qui avait dormi si doucement et si complètement pendant si longtemps, se réveilla en découvrant que ces cent années ne lui avaient rien coûté du tout.

🎧 La berceuse de ce soir

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